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L’ONU reconduit avec difficulté son dispositif d’aide humanitaire en Syrie 
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Par Eloi Raffray

 

Ce samedi 11 juillet, après pas moins de sept scrutins et de nombreuses tractations diplomatiques, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté la reconduction du dispositif d’aide humanitaire en Syrie. En vigueur depuis 2014, ce dispositif, qui prévoit un acheminement de matériel médical et de première nécessité via quatre puis deux points d’entrée dans le pays, devait être renouvelé au plus tard vendredi. Si ce mécanisme a fait l’objet de débats aussi âpres, marqués notamment par un double véto russe et chinois, c’est qu’il permet d’acheminer du matériel humanitaire directement en Syrie sans passer par le gouvernement de Bachar al-Assad. La Russie y voit une violation de la souveraineté syrienne, et avait déjà obtenu en janvier la réduction du nombre de points de passages de quatre à deux, pour une durée de six mois.

 

 

Désormais, seule la région d’Idleb sera desservie via la route de Bab al-Hawa, tandis que le passage d’as-Salama, à destination des régions du nord syrien sous contrôle turc, ne sera plus ouvert. Le point d’entrée de la frontière jordanienne, qui n’est presque plus utilisé, et celui de la frontière irako-syrienne, par lequel passait l’aide humanitaire à destination de la Djezzireh administrée par les Kurdes, sont quant à eux fermés depuis janvier.

 

 

La Belgique et l’Allemagne, en charge du volet humanitaire de l’ONU en Syrie et coauteurs du texte, ont fini par céder face au risque d’abandon de la résolution et du dispositif. La Russie, soutenue par la Chine, faisait valoir que 85% de l’aide humanitaire transitait par Bab al-Hawa, et que pour la région d’Alep, il était possible d’augmenter la quantité d’aide transitant par les régions sous contrôle de l’État syrien. De leur côté, les pays occidentaux ont fait bloc durant toute la semaine, arguant de l’absence d’alternative au dispositif transfrontalier, avant de plier face à l’intransigeance du tandem russo-chinois. La Grande-Bretagne estime néanmoins que cette solution de compromis ne répond pas aux besoins humanitaires du peuple syrien, tandis que les États-Unis, qui déclaraient mercredi voir dans l’ouverture de ces deux points de passage une « ligne rouge » à ne pas franchir, subissent un échec diplomatique. La résolution a finalement été votée par douze pays aux conditions de la Russie, qui s’est abstenue, tout comme la Chine et la République Dominicaine.

 

 

Vendredi, avant le vote final, plusieurs ONG internationales ont condamné les vetos russe et chinois sur la prolongation de deux points de passages, et ont exprimé leurs craintes quant à une probable réduction des approvisionnements humanitaires dans le nord syrien. De manière plus générale, les sanctions et embargos internationaux qui frappent le pays, continuent à éprouver la population syrienne malgré une baisse d’intensité dans le conflit. Les besoins de première nécessité – nourriture, soins médicaux – ainsi que l’essence et autres denrées de base, se raréfient de plus en plus tandis que les prix et le taux de change ne cessent d’atteindre des sommets. Suite aux nouvelles sanctions américaines dites « César », entrées en vigueur le 17 juin dernier, les secteurs de l’immobilier, de la construction, de l’énergie et des infrastructures sont dangereusement fragilisés, rendant très difficile la reconstruction du pays. Enfin, la crise économique et politique qui sévit au Liban, premier partenaire économique de la Syrie, achève de plonger le pays dans le marasme. Selon un rapport des Nations Unies de juin 2019, au moins 83% de la population syrienne vit sous le seuil de pauvreté – contre 28% avant 2011.

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