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Décès de John McCain : une vie placée sous le signe des Armées
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Par Boris Delagenière et Xavier Marié

 

Le sénateur John McCain, l’une des plus importantes voix républicaines du pays, en particulier en matière de politique de défense, s’est éteint samedi à l’âge de 81 ans. Le personnage ayant fait l’objet de maints articles dans la grande presse cette semaine, nous nous bornerons modestement à mettre en exergue ses rapports avec l’institution militaire.

 

Fils et petit-fils d’amiraux de la Navy aux carrières prestigieuses, John McCain entretenait un lien des plus étroits avec les forces armées, que perpétuent deux de ses fils. Ancien pilote de la Navy où il servit durant 23 ans, prisonnier de guerre au Viêt-Nam durant six ans où il fut torturé et placé à l’isolement (il avait notamment refusé d’être libéré du fait du statut de son père, amiral en charge du Pacifique et supervisant l’ensemble des opérations au Viêt-Nam), et législateur de longue date, il figurait parmi les vétérans américains les plus célèbres. Il a sans doute été l’un des représentants les plus influents et les plus cohérents du Parti républicain au cours des trois dernières décennies, ce qui ne l’a pas empêché de défendre des positions iconoclastes participant de sa réputation haute en couleur. Il était ainsi devenu l’une des figures républicaines les plus critiques du président Trump, s’opposant avec éclat à l’abrogation de l’Obamacare.

 

Sa disparition ne laisse pas seulement un siège républicain dans un Sénat déjà controversé ; elle laisse aussi un vide dans le débat politique américain sur les rôles, les responsabilités et les défis rencontrés par les forces armées au XXIe siècle. En effet, John McCain est connu pour avoir officié en tant que Chairman du Comité sénatorial pour les forces armées (SASC), dont l’influence sur la politique de défense est majeure aux Etats-Unis, où il s’est illustré par son action en faveur d’une présence militaire globale et de   l’accroissement significatif du budget de la défense permettant une forte montée en puissance des armées conférant la capacité aux Etats-Unis à dissuader et à l’emporter le cas échéant. Ce soutien vigoureux et indéfectible aux forces armées ne l’a pas empêché de demeurer constamment vigilant et (très) critique quant aux dérives portées par certains programmes considérés comme trop coûteux : programme de renouvellement de la gamme de véhicules blindés Future Combat System – annulé en 2009 -, navire Littoral Combat Ship, sous-marin Seawolf, avion F-35… Redouté par les représentants du Pentagone comme par ceux de l’industrie de défense pour ses questions et critiques sans ambages, adossés à son incontestable légitimité, John McCain prônait un contrôle strict du complexe militaro-industriel dont il redoutait l’influence grandissante, éreintant le « triangle d’acier » des « intérêts particuliers, des financements de campagne et du lobbying ».

 

L’hommage vibrant qui lui a été rendu par le Secrétaire à la Défense James Mattis et le Chef d’Etat-Major Joseph Dunford ainsi que par les plus hauts responsables du Pentagone témoigne de la vigueur du lien qu’entretenait avec les Armées américaines l’homme qui « représenta sans fléchir les meilleurs idéaux » des Etats-Unis, pour reprendre les mots du SECDEF Mattis.

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