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Lancement de l’opération Résilience
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Par Claire Valor

 

 

L’Armée française a pour mission de préparer l’engagement des forces armées en contexte de crise majeure, notamment dans le domaine de la sécurité civile[1]. Ainsi, les états-majors anticipent le déploiement des unités et s’associent aux travaux réalisés dans un cadre interministériel, tout en s’intéressant de près aux études menées par les partenaires civils.

 

Le 25 mars dernier, depuis le déploiement d’un Elément Militaire de Réanimation (EMR) par le Service de Santé des Armées (SSA) à Mulhouse, le président de la République a lancé l’opération Résilience afin de fédérer et de coordonner l’ensemble des actions conduites par les armées, sur proposition de la ministre des Armées, Florence Parly, et du chef d’état-major des armées, le général d’armée François Lecointre. Cette opération militaire inédite sera consacrée à l’aide et au soutien des services publics et des populations pour faire face à l’épidémie de Covid-19 dans les domaines de la santé, de la logistique et de la protection[2].

 

Florence Parly avait expliqué qu’il semblait indispensable de mener une opération militaire, commandée par le chef d’état-major des armées (CEMA) et pilotée par le Centre de Planification et de Conduite des Opérations (CPCO) du ministère des Armées, au même titre que les opérations Barkhane et Sentinelle.

 

Pour rappel, le ministère des Armées était déjà pleinement mobilisé depuis la fin du mois de janvier, comme l’ont montré les différents rapatriements de ressortissants français depuis la ville chinoise de Wuhan. Alors que la situation sanitaire s’aggravait mi-mars, le président de la République avait annoncé la mobilisation des armées. Celles-ci ont notamment procédé à des évacuations médicalisées par voie aérienne grâce au module « Morphée » (Module de réanimation pour patient à haute élongation d’évacuation), mis en place entre Mulhouse et Toulon, et par voie maritime grâce au porte-hélicoptères amphibie (PHA) Tonnerre qui évacue des patients de la Corse vers Marseille. Enfin, un hôpital de campagne a pu être déployé grâce au Régiment médical (RMED) de l’armée de Terre pour soulager l’hôpital de Mulhouse[3].

 

En parallèle, la Direction Générale de l’Armement (DGA) s’est engagée à trouver des solutions alternatives aux masques FFP2 et chirurgicaux, afin de faire parvenir des prototypes au centre MNRBC (Maîtrise nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique). L’Agence de l’innovation de défense (AID) a également lancé un appel à projets pour lutter contre la pandémie.

 

Le lancement de l’opération Résilience a donc été annoncé le 25 mars. Les premiers moyens mobilisés ont été le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Mistral, envoyé dans le sud de l’océan indien, et le PHA Dixmude, déployé dans la zone Antilles-Guyane. Chacun de ces bâtiments dispose de capacités hospitalières embarquées. Dans la nuit du 25 au 26 mars, le 7e Régiment du Matériel (RMAT) a répondu à une demande du préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes pour acheminer des masques de protection. Le 28 mars, un hélicoptère Caïman de l’armée de Terre a également transporté deux patients atteints du Covid-19 vers le centre hospitalier d’Essen en Allemagne.

 

L’opération Résilience doit permettre une coordination des acteurs locaux avec les autorités de l’État. Le respect des règles d’emploi des armées sur le territoire national est soumis à un cadre juridique strict : les armées peuvent appuyer les actions des policiers et des gendarmes, dans la surveillance du matériel par exemple, mais ne peuvent faire respecter les mesures de confinement puisqu’elles ne disposent pas de prérogatives de police judiciaire.

 

La bonne conduite de cette opération pourrait cependant se heurter à certaines limites, notamment en termes de disponibilité des effectifs et des ressources. Le besoin en effectif semble aujourd’hui incertain, et la ministre des Armées a évoqué une nécessaire adaptation du dispositif au fur et à mesure des demandes. Alors même que l’opération devrait mobiliser des effectifs supplémentaires, le CEMA avait déclaré que les armées étaient arrivées au bout de leurs capacités[4]. Enfin, l’opération demeure en cours de planification.

 

Si l’opération Résilience est une opération militaire stricto sensu, le contexte et l’environnement particuliers dans lesquels elle s’inscrit nécessitent une coordination et un dialogue entre civils et militaires à tous les niveaux. Les principes de cette gestion de crise inédite reposent aussi bien sur l’organisation du commandement que sur l’adaptation des ressources nécessaires afin de mener à bien l’opération.

 

SOURCES ET REFERENCES :

 

[1] Pierre-Benoit Clément, Nicolas Le Saux, « L’opération sentinelle dans le cadre du plan vigipirate : cas concret de gestion de crise », « Sécurité et stratégie » (CDSE), février 2015, p. 56-62.

[2] Site internet du Ministère des armées, « Covid-19 : lancement de l’opération Résilience » : https://www.defense.gouv.fr/actualites/articles/covid-19-lancement-de-l-operation-resilience

[3] Site internet du Ministère des armées, « Le ministère des Armées pleinement mobilisé contre l’épidémie du Covid-19 » : https://www.defense.gouv.fr/actualites/articles/le-ministere-des-armees-pleinement-mobilise-contre-l-epidemie-du-covid-19

[4] Site internet du Ministère des armées, audition du CEMA devant la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées au Sénat sur le projet de loi de finances 2020 : https://www.defense.gouv.fr/ema/chef-d-etat-major-des-armees/discours/senat-audition-du-cema-sur-le-projet-de-loi-de-finances-2019

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