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Conflit du Sahara Occidental – le dossier qui empoisonne l’Union Africaine
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Par Margaux Sciandra

 

Lors de l’ouverture du 33ème sommet de l’Union Africaine (UA) dimanche 9 février à Addis-Abeba, les dirigeants africains, préoccupés par la multiplication des conflits, se sont réunis autour du thème « faire taire les armes » sur le continent. Au cours de l’inauguration, le chef de l’Etat sud-africain, Cyril Ramaphosa a réitéré son soutien en faveur de la cause sahraouie dans son combat pour l’autodétermination, ramenant l’encombrant dossier du Sahara Occidental au cœur des discussions. Celui-ci constitue le plus vieux conflit non résolu du continent et continue de grever le fonctionnement de l’organisation continentale.

 

 

Alors que le processus de règlement du conflit est au point mort depuis la démission de l’ancien émissaire onusien Horst Köhler en mai 2019, le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres est venu saluer les efforts des chefs d’états africains dans le domaine de la sécurité. Il a insisté sur la nécessité d’un renforcement du partenariat avec l’Union africaine dans le cadre d’actions conjointes autour de la résolution de conflit, à l’image de celles réalisées au Soudan et en Centrafrique.Pour l’heure, le Sahel constitue le cœur des préoccupations sécuritaires du continent pour les deux organisations africaines et onusiennes. Quant au Sahara Occidental, celui-ci patine, toujours soumis à un processus d’autodétermination mené par les Nations Unies (MINURSO), dans lequel le peuple sahraoui y revendique ses droits depuis 1976. Aujourd’hui, l’Union Africaine constitue la seule organisation ayant pour membres les deux principaux protagonistes du conflit : le Maroc et la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Par ailleurs, les nouvelles tensions qui ont ressurgi entre l’Algérie et le Maroc, deux rivaux historiques sur ce dossier entrave la poursuite d’un règlement à l’échelle africaine.

 

L’Algérie, allié traditionnel du Front Polisario, s’est saisi de l’occasion pour alerter et influer sur les agissements du Maroc au Sahara occidental visant à y établir un état de fait de sa souveraineté, au risque de mettre fin au cessez-le-feu établi depuis 1991 sur la zone tampon. La diplomatie algérienne avait déjà dénoncé la complicité et les manquements au respect du droit international, alors que certains États africains avaient été invités par Rabat à inaugurer leurs représentations consulaires dans les deux principales villes du Sahara Occidental : Laâyoune et Dakhla[1]. Son nouveau président, Abdelmadjid Tebboune, presse aujourd’hui le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, à relancer le processus par la nomination notamment d’un nouvel émissaire spécial. Dans ce bras de fer,  la RASD dispose de plusieurs alliés solides tel que l’Algérie et le Nigéria au sein de l’UA, en plus de l’Afrique du Sud.

 

Actuellement, le Maroc occupe presque 80 % de la zone revendiquée, où se trouvent d’importantes ressources naturelles, et a récemment intégré les eaux du Sahara Occidental à son espace maritime. La République arabe sahraouie démocratique s’est quant à elle exprimée sur la dangerosité de la situation et rappelle la violation de l’intangibilité des frontières par le royaume chérifien, pourtant un des principes constitutifs de l’UA. Le Maroc persiste à manœuvrer au sein de l’UA pour empêcher toute réunion autour du Sahara Occidental de la Troïka, désignée lors du dernier sommet en Mauritanie en mai 2018 et chargée de coopérer avec l’ONU. Bien que le dossier soit conduit par les instances onusiennes, la RASD insiste pour que celui-ci soit abordé et résolu par les chefs d’Etat du continent. Une coopération conjointe entre l’UA et l’ONU semble être indispensable pour parvenir à une solution diplomatique, mais celle-ci semble pour l’heure difficile.

 

Sachant que le Sahara occidental constitue le dossier prioritaire de Rabat, le royaume chérifien cherche à obtenir des soutiens internationaux. D’après les révélations du média américain Axios[2], des négociations avaient été entamées autour d’un possible soutien de la Maison-Blanche. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou avait envisagé d’établir un accord tripartite avec Donald Trump et les autorités marocaines, visant à faire reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental en échange d’une normalisation des relations avec l’Etat hébreu. Officiellement, le Maroc a rompu toutes ces relations diplomatiques avec Israël depuis la deuxième Intifada en 2000. Bien que corroborées par des sources israéliennes et américaines, ces révélations ont cependant été démenties par les autorités marocaines, inquiètes de la réaction de son opinion publique.

 

En prenant les rênes de l’Union Africaine, le dirigeant de la nation arc-en-ciel Cyril Ramaphosa semble résolu à impulser les premières étapes d’un règlement sur le dossier du Sahara occidental, dans le cadre d’une mandature africaine organisée autour de la résolution des conflits sur le continent. Mais la question du Sahara Occidental ne dispose pas d’un consensus possible au sein de l’organisation et divise en raison de l’influence grandissante du Maroc sur le continent africain aussi bien au niveau politique qu’économique.

 

[1]https://www.middleeasteye.net/fr/opinion-fr/au-sahara-occidental-le-maroc-poursuit-sa-diplomatie-pyromane

[2]https://www.axios.com/exclusive-israel-pushing-trump-to-back-morocco-over-western-sahara-1634c969-c503-430b-8d3c-760027cbaafc.html

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