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Vénézuéla : scission entre soldats du rang et officiers dans le soutien au régime
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Par Salomé Sifaoui

 

Depuis le passage d’une crise politique à une crise institutionnelle et systémique, l’armée vénézuélienne est un des derniers maillons assurant le pouvoir de Nicolas Maduro. Malgré une loyauté qui se veut majoritaire, en particulier au niveau de l’Etat-Major et des officiers supérieurs, les dernières études font état de nombreuses désertions dans les rangs, qui concernent essentiellement les sous-officiers et les soldats du rang. Le 24 avril 2019, un lieutenant et cinq sergents de la Garde Nationale ont ainsi passé les frontières brésiliennes.

 

Avec le Brésil, la Colombie est le premier pays d’Amérique Latine (étant frontalier) qui accueille les exilés vénézuéliens, dont une partie de militaires. Bogota estime à 1400 le nombre de militaires vénézuéliens qui auraient rejoint le pays. Le Brésil, comme terre d’immigration, se place en seconde position depuis la fermeture de la frontière entre la Colombie et le Venezuela ce 23 février dernier, lorsque Nicolas Maduro a voulu entraver l’accès à l’aide humanitaire brésilienne. Depuis, une soixantaine de militaires vénézuéliens ont rejoint le Brésil.

 

La sociologie des déserteurs est assez explicite. La plupart est issue de la Garde Nationale, principal organe de répression du gouvernement. Payés douze dollars par mois, ces soldats possédant le même niveau de vie que les civils, et donc partageant pour certains la colère populaire, se désolidarisent du régime.

 

Au contraire, les salaires du commandement sont très élevés et les généraux prennent part au pouvoir. Neuf généraux sont au gouvernement, à des postes clefs : Défense mais aussi Intérieur, Alimentation ou encore Agriculture. Les militaires ont également une très forte influence dans la politique locale dans la mesure où ils gouvernent le tiers des provinces du pays. Outre le volet politique, l’emprise des hauts gradés dans l’économie se fait en contrôlant la banque publique, les importations et la distribution d’aliments, ou encore l’activité pétrolière, tout cela, par le truchement de l’entreprise d’Etat PDVSA. Ainsi, Maduro s’assure de leur fidélité, en permettant par exemple à leurs familles de sortir du pays.

 

Officiellement, le pouvoir, par l’intermédiaire de l’ambassadeur aux Nations-Unies Samuel Moncada, déclare seulement une centaine de désertions sur 280 000 soldats et déplore les exagérations des chiffres annoncés par les différentes parties.

Pourtant, le gouvernement tend à s’appuyer sur une milice civile, nommée Collectivos, formée de militants pro-Maduro  et d’anciens détenus libérés à la hâte. Il n’est pas exclu qu’il s’agisse là d’un expédient pour pallier la désertion et la décroissante loyauté des forces armées, ainsi qu’instaurer un climat de peur au sein de l’opposition.

 

Si certains ont pu déserter, la plupart des militaires soupçonnés d’insubordination ont été emprisonnés. Ancien lieutenant dans les forces armées vénézuéliennes réfugié au Pérou, Cristian Hernandez témoigne de l’efficacité des services de renseignement vénézuéliens, soutenus par Cuba. En effet, ces derniers interceptent rapidement les opposants réels ou supposés. A cet égard, deux généraux ont été incarcérés en août 2018, suite à l’attentat au drone piégé visant Maduro, ainsi que 180 militaires depuis 2018.

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