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Retour sur la signature du « contrat du siècle » entre le Commonwealth australien et Naval Group pour un montant de 31 milliards d’euros
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Retour sur la signature du « contrat du siècle » entre le Commonwealth australien et Naval Group pour un montant de 31 milliards d’euros

Par Solène Moitry

 

 

Un accord de partenariat stratégique entre le Commonwealth australien et Naval Group – anciennement dénommé DCNS – pour la construction de douze sous-marins de classe « Attack », correspondant à un montant d’environ 31 milliards d’euros – soit 50 milliards de dollars australiens –, a été signé le 11 février 2019 à Canberra, en Australie.

 

Cette signature était attendue : le 25 avril 2016, lors des cérémonies de commémoration de l’Anzac Day[1], l’Australie avait en effet annoncé son choix de retenir DCNS – devenu Naval Group en 2017 – plutôt que ses deux concurrents principaux, l’allemand TKMS et le consortium japonais incluant Mitsubishi Heavy Industries et Kawasaki Heavy Industries. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s’était à l’époque réjoui des « milliers d’emplois créés en France, des contrats de très longue durée », évoquant même un « mariage » avec l’Australie « pour 50 ans ». Comme le relève un communiqué de presse du gouvernement français[2], cette initiative avait conduit à la signature d’un accord entre les deux gouvernements sur le programme des « Shortfin Barracuda ». Ceux-ci ont vocation à remplacer les six sous-marins de classe Collins de la Royal Australian Navy.

 

Le contrat a finalement été entériné par l’accord signé le 11 février dernier entre le Premier ministre australien Scott Morrison, le ministre de la Défense australien Christopher Pyne et la ministre des Armées françaises Florence Parly ; il s’inscrit dans le cadre du « Future Submarine Program », qui rassemble à Cherbourg des personnels de Naval Group, du ministère des Armées et de l’industriel américain Loockheed Martin Australia, nommé intégrateur du système de combat de ces sous-marins. Le montant colossal de ce « contrat du siècle » reste néanmoins à nuancer : le journal Le Monde relevait ainsi en 2016 que, sur les 31 milliards d’euros, seuls huit milliards reviendraient en réalité aux industriels français[3].

 

Caractéristiques techniques et perspectives industrielles

 

D’une longueur de 97 mètres pour environ 4 500 tonnes en surface, ces nouveaux submersibles australiens seront construits à Adélaïde, en Australie, et appartiendront à la classe « Attack ». S’ils s’inspireront des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de classe Barracuda de la Marine nationale, ils ne seront pas dotés de propulsion nucléaire mais d’une propulsion dite « conventionnelle, diesel / électrique ». L’un des porte-paroles de Naval Group précisait ainsi à l’AFP que la principale différence réside dans la fréquence de retour à la surface, plus importante pour les sous-marins à propulsion conventionnelle, entraînant nécessairement un impact sur leur mode de conception. Certains espèrent que ces sous-marins pourront constituer, grâce à leur « endurance, [leur] portée et [leur] supériorité acoustique » une « force de dissuasion crédible »[4], notamment face à la posture chinoise en mer de Chine méridionale.

 

D’après le communiqué de presse de Naval Group[5], les études préliminaires et la phase d’études de faisabilité ont d’ores et déjà été réalisées. Une première phase de conception sera initiée dès 2023, tandis que les premiers submersibles devraient être livrés entre 2030 et 2040. L’accord prévoit notamment le « transfert de nouvelles technologies et de capacités de production avancées à l’Australie, ce qui lui permettra de franchir une étape supplémentaire en matière de souveraineté en tant que nation sous-marine », ainsi que de créer « 2 800 emplois en Australie […] et occuper 500 personnes en France »[6], selon le Premier ministre de l’Etat d’Australie-Méridionale, Steven Marshall.

 

« Les retombées économiques bénéficieront à l’emploi et à l’innovation technologique de nos deux pays », s’est réjouie Florence Parly, ajoutant que cette décision implique « beaucoup de confiance de la part de l’Australie pour parier sur la France, et beaucoup de confiance de la part de la France pour partager avec l’Australie des compétences qui sont tellement au cœur de notre souveraineté, de notre autonomie stratégique et qui résultent d’investissements immenses pendant des décennies ». Hervé Guillou, président-directeur général de Naval Group, s’est quant à lui félicité de la participation du groupe à « l’un des programmes de défense les plus importants de l’histoire de l’Australie » et a confié sa fierté de « travailler aux côtés de nos partenaires australiens et de transférer l’expertise de Naval Group à l’Australie afin qu’elle devienne une nation sous-marine souveraine ». La signature de ce « contrat du siècle » ouvre de surcroît de nouvelles opportunités pour l’industriel français, qui bénéficierait actuellement d’une « offre aux Pays-Bas ». Hervé Guillou relève ainsi que cet accomplissement confère au groupe « de la crédibilité pour d’autres offres pour de plus petits sous-marins comme en Inde, en Pologne, au Brésil et ainsi de suite ».

Source: Naval group

 

 

SOURCES :

 

[1] Notamment en mémoire de la bataille de Villers-le-Bretonneux, en avril 1918, au cours de laquelle les forces du Commonwealth parvinrent à enrayer la progression des forces allemandes dans le département de la Somme.

[2] « Armées : l’Australie achète 12 sous-marins français », actualité du Gouvernement le 11 février 2019 : https://www.gouvernement.fr/armees-l-australie-achete-12-sous-marins-francais.

[3] « La France et l’Australie signent un contrat pour douze sous-marins », Dominique Gallois et Caroline Taix pour Le Monde, le 20 décembre 2016 ; https://www.lemonde.fr/economie/article/2016/12/20/la-france-et-l-australie-signent-un-contrat-pour-douze-sous-marins_5051766_3234.html

[4] « Australie et France signent leur colossal contrat pour 12 sous-marins », dépêche de l’AFP le 11 février 2019 : https://www.afp.com/fr/infos/334/australie-et-france-signent-leur-colossal-contrat-pour-12-sous-marins-doc-1db1oo1.

[5] « Naval Group signe l’accord de partenariat stratégique avec l’Australie », 11 février 2019 : https://www.naval-group.com/fr/news/naval-group-signe-laccord-de-partenariat-strategique-avec-laustralie/.

[6] « Australie et France signent leur colossal contrat pour 12 sous-marins », dépêche de l’AFP le 11 février 2019 : https://www.afp.com/fr/infos/334/australie-et-france-signent-leur-colossal-contrat-pour-12-sous-marins-doc-1db1oo1.

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