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Afghanistan : doutes croissants autour de l’impact des opérations américaines
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Alors que les Talibans ont conduit, mercredi 11 décembre, une attaque d’ampleur contre le terminal passager de la base aérienne de Bagram et sur fond de révélations par le Washington Post de centaines de témoignages – qui auraient été volontairement dissimulés au grand public jusqu’ici – de responsables militaires américains attestant des erreurs et impasses de la guerre conduite depuis désormais dix-huit ans par les Etats-Unis en Afghanistan, la pertinence ou du moins le sens de cet engagement majeur, sont plus que jamais en question.

 

Au-delà de l’enquête du grand quotidien américain, qui pourrait donner lieu à des auditions de responsables du Pentagone au Congrès, des critiques récurrentes ciblent l’absence, ou la pertinence discutable, des indicateurs utilisés par le Département de la Défense pour mesurer l’impact des opérations militaires américaines dans le pays. De manière significative, le représentant républicain du Texas Mac Thornberry, chef de file des Républicains au sein du comité de la Chambre aux forces armées (HASC), a invité le président Trump à clarifier la nature, la stratégie et les objectifs de l’engagement militaire américain en Afghanistan, estimant que l’absence d’explications de la part de l’exécutif avait contribué à l’érosion du soutien populaire aux opérations militaires américaines sur le théâtre afghan.

Dans ce contexte, le Pentagone semble préparer le terrain à l’éventualité d’un retrait, ou du moins, d’une réduction significative du volume des forces déployées en Afghanistan. Ainsi, au cours d’une audition devant le comité de la Chambre aux forces armées, le secrétaire à la Défense Mark Esper et le Chef d’Etat-Major des Armées Mark Milley ont déclaré que le Pentagone envisageait différentes options destinées à réduire la présence militaire américaine sur le sol afghan, l’une de ces possibilités étant le maintien d’un dispositif antiterroriste minimal. A l’heure actuelle, il y a environ 13000 soldats américains déployés en Afghanistan, dont 5000 effectuent des missions de contre-terrorisme, le reste participant à la mission d’entraînement, de formation et d’assistance au profit des forces de sécurité et de défense afghanes. Selon un ancien analyste du Pentagone, le format de forces qui resterait dans le pays pour assurer les opérations de contre-terrorisme serait fortement corrélé au périmètre des groupes islamistes que Washington et Kaboul considèrent comme des menaces potentielles. S’il est certain que Daech rentre dans cette dernière catégorie, une incertitude existe quant à la classification du groupe Haqqani, affilié aux Talibans afghans.

 

Sur le terrain, deux éléments semblent accréditer cette orientation stratégique.

D’une part, il s’agit du recul significatif de Daech-Khorasan tant en termes d’effectifs (le New York Times estime ainsi que dans le nord-est du pays, les forces de Daech-Khorasan ont atteint 300 combattants environ) que d’emprise territoriale, sous l’effet de l’intensification récente des opérations conjointes américano-afghanes, par exemple dans la province de Nangarhar. Plus largement, les forces américaines ont lancé récemment l’une des plus intenses campagnes de frappes aériennes contre les groupes islamistes dans le pays.

D’autre part, il s’agit de la reprise des négociations entre Washington et les Talibans qui s’inscrit dans la continuité de l’annonce par le président Trump au cours de sa visite surprise en Afghanistan début décembre. En effet, la conclusion d’un accord permettrait à Washington de légitimer un désengagement, partiel voire total. L’envoyé spécial de la Maison-Blanche Zalmay Khalilzad a renoué le dialogue avec la direction de l’insurrection islamiste samedi 7 décembre. Cette rencontre avait pour enjeu d’obtenir un engagement des Talibans à réduire leurs actions armées, avec comme objectif un cessez-le-feu permanent. Il s’agit aussi pour Washington de travailler à poser les fondations d’un dialogue entre les Talibans et le gouvernement afghan, qui est jusqu’à présent demeuré lettre morte, les insurgés déniant toute légitimité au gouvernement de Kaboul.

 

Les perspectives de la présence militaire américaine sur le théâtre afghan demeurent donc plus incertaines que jamais, alors que les résultats stratégiques des dix-huit ans d’opérations apparaissent très fragiles, que ce soit dans la maîtrise du territoire par les autorités afghanes ou dans la lutte contre les sources de financement des Talibans (narcotrafic), même si des succès tactiques et opératifs sont observables et que des progrès ont été accomplis, en particulier en matière de formation des forces afghanes.

Si un désengagement total semble improbable en raison de la conscience aigüe, au sein du Pentagone et de la communauté du renseignement, du risque qu’il se traduise par la reconstitution d’un sanctuaire pour différents groupes djihadistes, en particulier Daech, une forte diminution du dispositif américain serait vraisemblable, tant parce qu’elle répondrait à l’engagement de campagne du président Trump désormais candidat à sa réélection, qu’à la réorientation de la stratégie américaine vers la rivalité entre grandes puissances, réaffirmée récemment par Mark Esper.

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